Reportage / Reportage en français

Ceux qui font tourner les Restos du Coeur

4 500 en 1985. Plus de 60 000 aujourd’hui. Les bénévoles de l’association sont chaque année de plus en plus nombreux. Par cet hiver glacial, nous sommes allés à la rencontre de ceux qui dévouent un peu de leur temps aux plus démunis.

Paris, 19H30, quartier des Invalides : la Tour Eiffel brille de mille feux tel un phare dans la nuit alors que les trottoirs se sont recouverts d’un épais manteau neigeux. Pourtant, c’est dans ce décor de carte postale que se dessine un tableau plus sombre. C’est face au commissariat du 7ème arrondissement de Paris en effet, qu’une petite masse d’individus attend la distribution de repas chauds des camions des Restos du Cœur. Pendant ce temps et dans un froid sec, les bénévoles mettent en place les différents stands (tables et tréteaux), le tout au beau milieu de quelques arbres. « L’emplacement n’est pas génial mais on fait ce qu’on peut. C’est déjà bien que Rachida Dati [maire du 7ème arrondissement] nous ait donné l’autorisation pour nous installer ici. », confie Vanessa, la trentaine, bibliothécaire et bénévole depuis quelques mois.

Phil Messelet ©

Phil Messelet ©

20h, la distribution peut commencer et ce, sans qu’aucun justificatif ne soit demandé. Les bénévoles, répartis sur les différents stands par groupes de deux ou trois, s’affairent à distribuer céréales, cafés, soupes et repas chauds. Les bénéficiaires quant à eux, font la queue à chaque stand et peuvent se servir autant de fois qu’ils le désirent. Si ce soir la grande majorité des bénéficiaires sont des hommes, les bénévoles s’accordent toutefois à dire que de plus en plus de femmes, de tous âges, viennent se nourrir auprès de l’association.

Il n’est pas rare bien sûr que les bénévoles retrouvent des visages familiers, comme nous l’explique Véronique, présente tous les mardis sur le site des Invalides depuis la rentrée, « Je croise souvent les mêmes personnes et il m’arrive de discuter avec certains d’entre eux assez souvent. On est quand même là avant tout pour distribuer de la nourriture,

il faut essayer de garder une certaine distance et ne pas trop s’attendrir ou se faire prendre par les sentiments. Sinon on ne s’en sort pas. »

Une grande famille                                                                                                              

Malgré la misère à laquelle les bénévoles font face, c’est dans la bonne humeur et une ambiance décontractée qu’ils discutent d’un stand à l’autre.  Si certains ne se connaissent que depuis quelques minutes, d’autres ont tissé de vrais liens d’amitié au fil des distributions et se voient même en dehors du cadre des « Restos ». Officiellement, il faut d’abord s’inscrire sur Internet pour devenir bénévole. Dans les faits cependant, c’est surtout par le bouche à oreille que l’on rentre dans cette grande famille. « C’est la première fois que je viens. C’est la copine d’un ami qui m’a dit de venir ce soir », nous révèle Thibault, jeune graphiste parisien. Gilles quant à lui, retraité et bénévole depuis bientôt deux ans maintenant, nous avoue être arrivé un peu par hasard aux Restos : « Au départ j’accompagnais une amie qui était bénévole. Je lui ai dit que je l’attendrai dans la voiture pendant la distribution, etpuis j’ai trouvé ça idiot de ne rien faire donc autant participer !  [rires]»

21h30, c’est l’heure du « dessert ». Comme chaque mardi, c’est Murielle, jeune retraitée, qui est en charge de faire le tour des boulangeries du quartier pour récolter les invendus. Ce jour là, la sexagénaire au bonnet blanc se félicite de la « récolte » de la soirée : « Ce soir on a des sandwichs, des pains au raisins, des tartes à l’abricot, des brioches et même des cannelés ! Si on n’était pas passés, c’était direction la poubelle ! » Une nouvelle queue se forme alors et chaque bénéficiaire repart avec la viennoiserie et le pain de son choix. Moins d’un quart d’heure plus tard, les bénéficiaires ont déserté le lieu pour trouver un endroit chaud pour passer la nuit. Pour les bénévoles, c’est le moment de ranger tout le matériel dans le camion et de faire un petit bilan de la soirée. Certains se retrouveront le lendemain, dans une semaine ou bien sur d’autres sites des Restos. Une chose est sûre, ils ne manqueront jamais de « travail ».

Les Restos du Coeur en chiffres (2011/2012). Restosducoeur.org

Les Restos du Coeur en chiffres (2011/2012). Restosducoeur.org

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