Reportage / Reportage en français

Dans la tanière des Femen

Plus fort que le féminisme, faites place aux « sextremisme ». Originaires d’Ukraine,  ces activistes d’un nouveau genre se sont fait connaître par leurs manifestations musclées. Reportage au cœur de leur QG parisien.

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Un nouveau mouvement féministe: le sextremisme

La chasse aux Femen commence à la sortie du métro Château rouge, direction rue Léon. Dans le quartier de la Goutte d’or, les vendeurs à la sauvette sont moins nombreux que d’habitude, la faute aux policiers qui rôdent en ce froid hivernal. Les passants, eux, ne sont pas rares et la plupart semblent ignorer l’existence des activistes. Pourtant, c’est bien dans une ruelle sombre à quelques mètres seulement, que se trouve le refuge des Femen.

Made in Ukraine 

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Inna Shevchenko

Importé tout droit d’Ukraine, le mouvement Femen a gagné la France, il y a quelques mois via la perturbatrice Inna Shevchenko. Bien connue des services de l’ordre dans son pays pour ses actions pas très catholiques, cette militante féministe n’a pas froid aux yeux et manie la tronçonneuse comme une chef.  La preuve en août dernier, lorsqu’elle a abattu une croix orthodoxe pour soutenir les Pussy Riot. Loin de faire l’unanimité en Ukraine, la jeune blonde aux yeux révolver a du se résoudre à l’exil et a choisi la France pour poursuivre son combat et répandre son mouvement.  À peine arrivée sur sa nouvelle terre d’asile, elle s’est très vite constituée une nouvelle armée  mi française mi ukrainienne grâce à son réseau et ses contacts chez Ni Putes Ni soumises. Un mois plus tard, une quinzaine de ces « sextremistes » inauguraient seins nus un camp d’entrainement dans le 18ème arrondissement ; c’était le 18 septembre 2012. Depuis, elles ont régalé les médias avec leur altercation mouvementée lors de la manifestation anti mariage gay. Du sang a coulé, des dents ont été cassées mais les guerrières féministes sont loin du KO. De leur QG, elles transpirent de détermination et de rage.

Bienvenue au camp

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18/09/12: Inauguration du camp d’entraînement des Femen, au Lavoir Moderne, Paris, 18ème.

C’est au Lavoir Moderne Parisien que les Femen ont établi leur quartier. Avec sa façade jaune taguée de toute part, le lieu n’a, en apparence, rien  d’un camp d’entraînement. Sur la porte, des affiches laissent entendre qu’il s’agit en fait d’un théâtre associatif, tout s’explique.  À l’intérieur, une dizaine de jeunes femmes discutent. Ce sont bien elles, les Femen. Au premier abord, les regards sont inquisiteurs et les questions fusent. L’interrogatoire passé avec brio, deux d’entres elles, Marguerite et Elvire, acceptent de témoigner et d’entreprendre une visite des lieux.
« L’entraînement, ça se passe au grenier » lance Elvire en grimpant les escaliers. Une fois en haut, pas de surprise, tout comme le rez-de-chaussée, le grenier est bien modeste, il n’y a même pas de chauffage. Il fait froid mais « c’est tant mieux, ça nous met en conditions » affirment les guides improvisées. Au mur, il n’y a pas grand chose mis à part une immense banderole bariolée de « Femen » et slogans du mouvement « Nudity is Freedom », « Woman is not an object » . Le punching-ball est par terre, difficile d’imaginer les séances d’entraînement.

« On se retrouve le samedi après midi. On commence par de la muscu, ensuite on apprend les bases de la self défense puis on s’exerce à crier les slogans », explique Elvire.

Aux yeux des Femen, ces sessions sportives sont primordiales:

« Le corps est au centre de notre mouvement. Faire du sport, c’est avant tout un moyen de se réapproprier nos corps. On reprend l’attribut masculin de la force pour se l’approprier », pécise Marguerite.

Session d'entraînement au Lavoir Moderne Parisien

Session d’entraînement au Lavoir Moderne Parisien

Au delà des valeurs propres au mouvement Femen,leur mode d’action souvent musclé les oblige à entretenir leur forme physique. « On ne s’improvise pas Femen » affirme Marguerite. La posture à adopter lors des manifestations se travaille. Il faut se tenir droite, la tête haute et  brandir fermement les écriteaux. Les positions lascives sont formellement exclues. Les Femen refusent de se présenter comme des objets sexuels. Elles utilisent leur corps, non pas comme arme sensuelle mais bel et bien comme une arme de combat.  Véritables guerrières féministes, elles ont pour objectifs de lutter contre les inégalités, les institutions religieuses et le patriarcat.

Une médiatisation “malsaine”

Combatif d’une part, le mouvement Femen est aussi très décomplexé. Les défilés seins nus et les slogans provocateurs sont devenus la marque de fabrique de ces activistes du XXIème siècle. Loin de laisser indifférent, leur mode d’action a semé la discorde au sein des autres mouvements féministes (la barbe, osez le féminisme). Pourtant du côté Femen, il n’y a pas l’ombre d’un doute, c’est le seul recours pour attirer l’attention et se faire entendre. Le mouvement existe en fait depuis 2008, mais s’il est tant médiatisé aujourd’hui c’est pour la seule et unique raison que, depuis 2010, les Femen défilent seins nus. Une réalité qui fait froid dans le dos. Marguerite ironise:

«Le pire dans tout ça, c’est qu’ une femme à moitié nue sur les affiches du métro, ça ne choque personne mais une femme seins nus qui manifeste ça choque tout le monde ! »

Les Femen recrutent

En France, ce nouveau féminisme radical fait de plus en plus d’adeptes. Chaque jeudi, des sessions de « recrutement » ont lieu au Lavoir. En général, une quarantaine de jeunes femmes se présentent mais seules quelques unes s’engagent réellement par la suite. Pour devenir Femen, les paroles ne suffisent pas, il faut s’investir aussi bien sur le plan moral que physique. Le mouvement exige beaucoup de ses nouvelles recrues, mieux vaut y réfléchir à deux fois avant de s’embarquer dans l’aventure.

Alors que la visite touche à sa fin, les sextrémistes n’ont pas tenu à dévoiler la nature de leur prochaine action. « L’effet de surprise doit être conservé », se défendent–elles.
Une chose est sûre, au vu de leur détermination, le spectacle Femen ne fait que commencer !

 

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