Reportage / Reportage en français

Vente de fruits dans le métro, business parallèle

Ils font partie de notre quotidien, voire du paysage urbain, qui sont ces vendeurs de fruits venus du Bangladesh et comment s’organise leur commerce ? Rencontre avec Tipu.

Paris, 8ème arrondissement, métro Cadet. Le thermomètre affiche 4 degrés et les passants emmitouflés se pressent dans les cafés ou dans les commerces alentours. Le froid néanmoins n’a pas eu raison de Tipu et de son stand, accueillant les sorties de métro avec ses fruits exotiques.

etale-fruits

Situé au croisement de deux grandes artères, la rue la Fayette et la rue Rochechouart, son commerce de fortune dépanne les habitants du quartier : 3 mangues à 2€ et la barquette de clémentines à 1 € et voilà les 5 fruits et légumes par jour!

Toutes les cinq minutes, Tipu salue un commerçant ou une vieille dame, “une habituée.” Il est comme un repère humain dans ce quartier vivant au rythme du business. Une grand-mère vient lui raconter qu’il lui faut des grenades pour préparer shabbat alors qu’une maman africaine compte ses centimes pour payer son régime de bananes. Les accents se mélangent et malgré quelques problèmes de compréhension, les transactions sont sans encombre.

Un commerce communautaire organisé

Malgré des prix au détail légèrement supérieurs à ceux de la grande consommation, Tipu ne verra pas la couleur des profits. “Je suis juste vendeur” déclare-t-il, “les fruits ne sont pas à moi.”

La hiérarchie est en effet très marquée. Le “boss”, lui aussi Bangladeshi, achète les fruits en gros, qu’il répartit entre les 5 vendeurs du quartier. Le réapprovisionnement se fait tout au long de l’après-midi.

Le soir,vers 22 heure, ou 21 heure quand il fait trop froid, le boss récupère les invendus pour le lendemain et rétribue ses vendeurs.

“Seulement 20€ pour une journée.”

Un salaire qui couvre à peine ses besoins en nourriture et ses 150€ de loyer pour son logement à la Courneuve, qu’il partage avec 4 autres vendeurs.

Une situation précaire

Le vendeur occupe ce stand depuis 2 ans, tous les jours, sauf quand il fait trop froid. Pendant ces derniers jours de neige par exemple, il est resté chez lui en Seine Saint-Denis. Il connait quelques expressions françaises mais la conversation se fait en anglais. “Le français est très difficile, l’anglais est plus facile caron le parle au Bangladesh.” Ce commerce de fruits à Paris est en effet presque exclusivement aux mains des Bengladeshis.

Parmi eux, ceux qui possèdent un titre de séjour peuvent se procurer une carte d’acheteur au marché de Rungis et donc se charger des achats en gros. Ils achètent les produits impropres à la vente le jour-même chez les primeurs : des avocats trop petits ou des mangues trop vertes.

rungis

Marché de gros à Rungis

Les vendeurs de rue, comme Tipu sont pour la plupart sans-papier et exercent leur métier sans autorisation.

“Nous sommes ici illégalement, mais nous ne sommes pas des criminels.” Depuis son arrivée en France, via l’Italie il y a deux ans, ses demandes de visa se sont soldées par un récépissé, que Tipu renouvelle tous les trois mois, dans l’espoir de se voir accordé un titre de séjour temporaire, lui donnant le droit de travailler.

“Les policiers du quartier me connaissent et sont sympas, ils me saluent et me demandent si tout va bien. Quand la “big police” arrive, ils nous donnent 5 minutes pour tout ranger et filer, sinon ils mettent tout à la poubelle et nous emmènent au commissariat.” Tipu y a fait deux séjours jusqu’à présent. Il s’en sort avec des avertissements mais retourne dans la rue aussitôt, pas le choix.

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5 thoughts on “Vente de fruits dans le métro, business parallèle

  1. 20 euros par jour…Merci pour cet article qui nous éclaire sur la situation de ces gens que l’on croise tous les jours, sans forcément se poser de questions!

  2. Article très intéressant, quand je vois des marchand à la sortie du métro, je me demande souvent pourquoi ils sont là et combien ils peuvent gagner par jour si ils restent là pendant une journée.
    On voit que l’hiver est arrivé, le mauvais temps dure plus longtemps de jour en jour, quand je sors du métro, je vois souvent des stands de fruits et des vendeurs frigorifiés, si j’ai des monnaies, j’achète des fruits, j’espère qu’ils puissent finir leur travail et rentrer chez eux aussi tôt que possible, car ça fait trop froid à la sortie du métro.

  3. Article intéressant en effet…
    Mais vous auriez pu éviter la scène de “la maman africaine” qui “compte ses centimes pour payer son régime de bananes” c’est un peu gros … XD

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