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ASPHALTE par Samuel Benchetrit.

Entre le béton et le goudron : l’espoir.

“À travers ces trois histoires de chute -d’un fauteuil roulant, du ciel, ou d’un piédestal-, je voulais montrer combien la solidarité pouvait être plus forte en banlieue qu’ailleurs, contrairement aux idées reçues.” (Samuel Benchetrit)

Après deux précédents films au succès plus que mitigé (Chez Gino, Un Voyage), le réalisateur de ”J’ai toujours rêvé d’être un gangster” se transcende et réalise un film poignant, intelligent et original, comme on en voit peu dans le cinéma actuel. Sorti en salles le 7 octobre, c’est le film à ne pas rater de cette rentrée 2015.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Samuel Benchetrit fait rarement l’unanimité. On ne peut lui reprocher sa créativité débordante, mais la plupart de ses films passés laisse un peu perplexe. Là, en choisissant d’adapter certaines nouvelles de son livre Chroniques de l’asphalte paru en 2005, il s’est lancé un nouveau défi. Adapter un livre au cinéma est souvent scabreux, la poésie des mots devant faire place à la beauté des images et la transition de l’un à l’autre n’est pas toujours simple. M. Benchetrit réalise ici un coup de maître. Avec une adaptation du film très libre, il a gardé la poésie et la finesse de l’écrit tout en ajoutant comique de situation et intensité de jeu propres à l’image. Contrairement à Dheepan (palme d’or à Cannes), dépeignant la banlieue parisienne comme une véritable jungle où règne chaos et violence, Samuel Benchetrit nous expose un quotidien plus banal, la banlieue comme on peut la trouver partout en France.

réunion

Première scène du film : la réunion des copropriétaires. Sternkowitz (Gustave Kervern), seul contre tous. 

Dès la première image c’est le gris qui nous assomme. L’immeuble HLM que l’on aperçoit à l’écran reste figé pendant de longues secondes. Son gris pâle se mélange avec le bitume, avec le ciel nuageux d’un jour normal dans l’hiver parisien. L’ambiance est lourde, une légère appréhension que le film entier soit dans la même lignée, apparaît… Enfin, la première scène démarre, les rires se font entendre et on comprend vite qu’il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

Samuel Benchetrit ne nous captive pas seulement avec l’histoire et ses dialogues parfaits, le format du film y est pour beaucoup également. Le réalisateur fait le choix du 4/3, les plans sont souvent fixes et positionnés face aux personnages.

huppert

Confession d’une actrice déchue, Jeanne Meyer (Isabelle Huppert), à son jeune voisin, Charly (Jules Benchetrit).

Ce cadrage nous force à observer et détailler toutes les émotions parcourant le visage des personnages puisque tout se passe au premier plan. Cette décision est aussi bien une allusion à l’enfermement des personnages dans l’immeuble et dans leur vie, qu’un hommage à la photographie, au centre même de la narration. De plus, le format 4/3 était le format de prédilection du cinéma muet. Au-delà d’un possible hommage au genre, c’est surtout une façon pour Samuel Benchetrit d’axer le spectateur vers les émotions et les images. Celles-ci sont d’ailleurs brutes et semblent sans retouche, comme l’environnement des personnages et leur quotidien.

Le film reposant sur la qualité de jeu des personnages, il était essentiel que les acteurs soient minutieusement choisis. Il y a des acteurs connus (Isabelle Huppert, Valeria Bruni-Tedeschi) et des moins connus (Gustave Kervern, Tassadit Mandi). Les plus connus ne sont pas forcément les meilleurs, mais chacun interprète son rôle de façon juste. Les personnages sont hauts en couleurs, drôles et touchants.

pitt hadami

Comment communiquer lorsque l’on ne parle pas la même langue ? Les personnages de Madame Hamida (Tassadit Mandi), et John Mc Kenzie (Michael Pitt) nous apprennent la tolérance à travers les gestes.

Inspiré de l’enfance du réalisateur, Asphalte désire nous exposer une vision différente de la cité. Face à l’isolement, il nous parle de solidarité, de rencontres, d’espoir. Ce film anéantit les clichés récurrents de la banlieue, prouvant qu’elle peut également être un lieu de poésie et de tendresse.

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