Art / Reportage en français

Combo fait parler les murs de Sarcelles, Facebook et les mauvaises langues

Alors que la mairie et les réseaux sociaux s’associent au street-art pour favoriser l’unité et le vivre ensemble, les choix de l’artiste sont remis en question par certains habitants de la ville.

Combo, street-artiste connu pour ses fresques engagées, a été invité par la ville de Sarcelles et Facebook France pour réaliser deux peintures murales dans la ville. Le travail de Combo a valu par le passé des réactions parfois très violentes. En janvier dernier, près de la porte Dorée à Paris, l’artiste a été agressé par quatre jeunes alors qu’il collait sur un mur l’une de ses œuvres. À Sarcelles les réactions se sont vite fait sentir. Même si moins dangereuses, elles ont pourtant été déterminantes.

Les peintures à grande échelle ont été réalisées entre les nuit du 2 et 4 octobre 2015. Révélées au public le 8 octobre à 18h lors de la cérémonie officielle qui marque aussi le lancement du « hashtag project » devant durer plus d’un mois en partenariat avec Instagram : #coexistsarcelles.

La deuxième partie du projet consiste à réutiliser les photos postés sur Instagram jusqu’au 16 novembre prochain. Une initiative qui encouragerait les habitants de la ville à communiquer sur l’événement à travers les réseaux sociaux et ainsi de les rendre acteur de ce projet artistique.

 

Fresque Coexist

La fresque “Coexist” de Combo a suscité des réactions négatives de la part des passants dès la nuit de sa réalisation. © L.Daluz

 

La première peinture de Combo sur la place de la gare représente son nouveau slogan “coexist” qui prend tout son sens dans le contexte multiculturel de la ville. Cette expression a été crée à l’origine en 2001 par un artiste polonais, Piotr Mlodozeniec, à Jérusalem, en réaction au conflit israélo-palestinien et pour appeler à la paix. Le slogan graphique sera repris ensuite par le groupe anglais U2 pour leur tournée Vertigo. On y voit les symboles des trois religions monothéistes, le croissant de l’islam pour le C, l’étoile de David pour le X et la croix chrétienne pour le T, qui s’assemblent pour former le mot ‘coexist’.

Un message qui a du mal à passer.

Le jour de l’inauguration, le maire évoque à travers son discours le choc de certain Sarçellois. La fresque “Coexit” a été assimilé une inscription antisémite à la vue de l’étoile de David. Comme pour atténuer ainsi la lourde connotation des symboles religieux à Sarcelles, l’artiste choisit d’utiliser de la couleur. Jusqu’à maintenant et même après son agression, en janvier dernier, il reproduisait le mot coexist en noir et blanc sur des affiches ou sur les murs. L’artiste explique qu’à “Sarcelles ou n’importe où ailleurs il y a des gens qui ne sont pas content. C’est toujours la même chose les gens voient à travers leur prisme, qui les renvois à leurs propres peurs, il faut leur expliquer.”

 

En partant de la gauche: le représentant de Facebook/Instagram, l" artiste et le maire de Sarcelles et les représentant des communautés religieuse de la ville semblent satisfait du projet finale.

En partant de la gauche: le représentant de Facebook/Instagram, l’artiste, le maire de Sarcelles et les représentants des communautés religieuse de la ville semblent satisfaits du projet final. © L.Daluz

 

Boulevard Maurice Ravel, tout près de l’église catholique Jean XXIII et non loin de la Mosquée de la ville, sous un fond bleu blanc rouge, trois enfants sont représentés jouant au foot. Ils portent respectivement un t-shirt bleu, blanc et rouge. L’image est accompagnée d’un texte disposé en haut et en bas de la fresque : “Quand j’étais petit il y avait des musulmans, des juifs, des chrétiens, des noirs et des blancs…c’était juste des copains”.

Les couleurs de la France prédominent avec deux sens de lecture. L’arrière-plan “bleu blanc rouge” inscrit les personnages dans un paysage français et leur t-shirt aux mêmes couleurs, les identifient comme Français. Le dessin ne représente pas les différences visibles de ces enfants. Ils sont identiques. Le texte parle de leurs différences, par leur origine et leur religion et, comme le dessin, rappelle ce qui les unit, leur amitié.

 

Fresque "c était juste des copains"

La fresque de Combo”C’était juste des copains”. Selon des habitants de la ville, des copains et des copines manquent au tableau. © L.Daluz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Combo, lors de la cérémonie d’inauguration explique ses choix en rappelant que “les couleurs primaires, celles qu’on apprend à l’école, sont à l’image des communautés de Sarcelles, toutes différentes mais complémentaires”. Une réponse aux critiques et à quelques incompréhensions. “Pourquoi sont-ils blanc?”, “pourquoi n’y a-t-il pas de fille?”, “pourquoi ne pas avoir mentionné les asiatiques”.

Les questions surgissent autour de l’artiste après le discours et sur les réseaux sociaux. Rien de bien étonnant, une œuvre d’art doit susciter des réactions et celle-ci en est le bon exemple.Même si l’objectif n’était pas de représenter toutes les communautés mais le lien qui les unit.

La réponse de l’artiste

Ce qui est plus surprenant c’est  la réactions de l’artiste suite aux critiques négatives. La phrase originel “Il n’y avait pas de juif de musulman ni de chrétien…mais juste des copains” a été modifiée sous la demande du maire suite aux plaintes diverses qui jugeaient qu’il était maladroit de nier l’appartenance religieuse des enfants de Sarcelles.

L’artiste a accepté de modifier la phrase pour contenter tout le monde. Il explique qu’il veut “provoquer les réactions à travers ses peintures” mais ne souhaite pas heurter autrui. Surprenante souplesse de Combo. Traditionnellement les street artistes de par leur statut, controversé et parfois illégal, ne s’imposent aucune censure. Face au concept de libre expression Combo répond qu’il est pour et ajoute “on est tous responsable de ce qu’on dit, il ne faut pas l’utiliser de façon extrême, pour une provocation non constructive.

Autre difficulté liée au multiple décisionnaire de ce projet, le choix du lieu. L’artiste avait choisi l’école primaire Kergomar. L’école, du à son caractère, laïque interdit l’inscription des mots “juifs” et “chrétiens” et “musulmans” sur ses murs. Parler d’unité semble être opposé à la laïcité.

Un projet social et connecté

Le logo d’Instagram et le hashtag du projet qui accompagnent la signature de Combo, change la dimension artistique de l’œuvre. La fresque semble ne pas totalement appartenir à l’artiste et ne pas pouvoir sortir du contexte du projet. D’ailleurs rien n’a été dit sur la durée de vie des fresques dans les rues de Sarcelles.

Peu étonnant que le député maire de Sarcelles, Francois Pupponi et son équipe soient à l’origine de cette initiative qui pourrait permettre à la ville de retrouver ses valeurs traditionnelles du vivre ensemble. Il est vrai que Sarcelles a vu croître les tensions entre les communautés juives et musulmanes ces dernières années avec un attentat à Sarcelles, ceux de Charlie Hebdo et de l’hypercasher et le conflit Israélo-Palestinien.

L’œuvre de Combo s’inscrit dans une situation mondiale, nationale et locale perturbée. Un projet qui met en avant la richesse interculturelle de la ville, et des habitants qui ‘coexistent’, sans vouloir trop les bousculer.

Laetitia Daluz

 

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