Cinema / Reportage en français

“Les Deux Amis” : un conte tragi-comique sur l’amitié masculine

Entre images du quotidien et références littéraires, le fils Garrel nous livre son premier long-métrage. Un scénario léger mais bancal qui nous révèle le nouveau trio du cinéma français. 

Qu’on adule ou déteste Louis Garrel, on ne peut nier que son dernier film intrigue. Le fils de Philippe Garrel, on le connaissait déjà acteur, moins réalisateur. Favori de Christophe Honoré dans Les Chansons d’Amour ou La Belle Personne, il se trouve cette fois-ci des deux côtés de la caméra, entouré de Vincent Macaigne et Golshifteh Farahani.

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                                                            Du Marivaudage en perspective. © Ad Vitam

Après avoir réalisé trois courts-métrages dont Le Petit Tailleur sorti en 2010, il revient avec Les Deux Amis, présenté à Cannes cette année pour la semaine de la critique. Rappelons que le film est le fruit d’une première ébauche intitulée La Règle de Trois, long d’une quinzaine de minutes et gagnant en 2012 le Prix Jean Vigo du Court Métrage.

L’amitié avant tout

Quelques années plus tard, on passe de trois à deux pour se focaliser sur l’amitié plutôt que l’amour. Les Deux Amis est l’histoire de Clément (Macaigne), un trentenaire paumé fou amoureux de Mona (Farahani), vendeuse de sandwichs à la Gare du Nord. Arrive alors Abel (Garrel) qui, en aidant son ami à (re)conquérir la jeune femme, tombe aussi sous son charme. Sauf que celle-ci a un secret lourd à porter. Tous les soirs elle doit rentrer en prison pour un crime qui nous reste méconnu.

Cette adaptation libre des Caprices de Marianne de Marivaux reste dans le registre tragi-comique, présentant une amitié fusionnelle et destructrice entre deux hommes. Un thème qui, jusqu’à maintenant, avait été assez délaissé au cinéma et que l’on retrouve avec plaisir. Entre tromperies et mensonges, chez Garrel c’est la rupture amicale qui est finalement la plus douloureuse.

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                                          Garrel et Macaigne, l’amitié à la française. © Ad Vitam

Dans la lignée de la Nouvelle Vague, celui qui fait jaser le cinéma français lance une déclaration d’amour aux scènes du quotidien. La Gare du Nord n’a jamais été aussi vivante à l’écran. Pourtant, en cherchant à présenter un style à la fois épuré et recherché, Garrel se perd parfois dans une esthétique filmique poussée. Une unité des couleurs accompagne des plans soignés, parfois trop et c’est dommage.

Un trio flambloyant

A notre surprise, ce qui brille ici n’est pas tant le scénario (co-écrit avec Christophe Honoré) que le jeu des acteurs, choisis à la perfection. Si Macaigne semble abonné aux rôles de losers trentenaires, Garrel se complait une fois de plus dans un personnage de poète meurtri et antipathique, avec pourtant une bonne dose d’auto-dérision. Quant à Faharani, elle crève l’écran par son naturel. Un jeu qui tient en haleine ses compagnons et par la même occasion le spectateur.

Une belle alchimie en somme, pas née du hasard puisque les trois amis se connaissaient au préalable. C’est entre blagues crasseuses et références littéraires que Garrel retrouve avec joie son ancienne partenaire de jeu et son camarade du Conservatoire.

Charlotte Bourgeade

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