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« SAPEES COMME JAMAIS » POUR SAPER L’ISLAMOPHOBIE

PLUS QU’UNE MODE LE MOUVEMENT “MIPSTERZ” EST L’AVÈNEMENT D’UNE IDÉOLOGIE VESTIMENTAIRE. QUAND L’INTÉGRATION DE LA COMMUNAUTÉ MUSULMANE PASSE …PAR LE VOILE !

Dans son reportage à paraître “Fashion as a Religion” la journaliste Martina Neuen affirme que “la mode est une religion”. Pour les « Mipsterz », la religion s’exprime à travers la mode.

Jeunes, jolies et branchées, elles ont fait le choix controversé de réconcilier leur féminité et leurs hijabs.

Moitié « musulmane », moitié « hipster », cette tendance hybride voit le jour à New York en 2012 et n’a pas fini de faire parler d’elle!

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Le discours sur la femme musulmane change grâce à la vidéo “Somewhere in America“, manifeste de l’idéologie Mipsterz. Gif:Buzzfeed/Rega Jha

Casser les préjugés liés à l’islam 

Bien loin du cliché orientaliste de la femme soumise, l’islam des « Mipsterz » se pare de couleurs, d’audace et de liberté.

Politisé et sexualisé, forcé ou interdit, le port du voile distille en France un parfum de régression qui dérange. Mais sans armes, ni haine, ni violence, les hijabistas se réapproprient le symbole phare de la femme musulmane.

C’est le clip Somewhere in America, diffusé sur Internet en 2013, qui révèle le mouvement au monde entier, sur fond de musique rap. On y voit celles que l’on appelle aussi « hijabistas » (ou hijab fashionistas) filmées dans les rues de Los Angeles et New York.

Modeuses voilées, perchées sur des talons hauts, elles superposent avec créativité des vêtements très (trop) près du corps et des tissus longs et amples. On les voit rire, prendre des selfies ou faire du skateboard. L’image avant-gardiste et positive d’un islam devenu « cool », les haters n’ont qu’à bien se tenir.

Le voile est désormais un accessoire de mode in con tour na ble !

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Pour le projet vidéo “Somewhere in America” des mannequins musulmanes rient, dansent et font du skate board dans les rues de New York, sur le tube éponyme du rappeur Jay Z. Gif: Buzzfeed/Rega Jha

 

Quand les marques internationales s’en mêlent

Le mouvement Mipsterz n’est pas passé inaperçu dans le monde de la mode. Des Etats-Unis à l’Europe, en passant par l’Asie et le Moyen Orient, des marques célèbres de prêt-à-porter s’installent sur cette niche de marché inattendue.

Les Mipsterz ont changé la donne pour toute une génération de jeunes croyants à la pointe de la mode.

Uniqlo en Juillet 2015, puis H&M en Septembre, les marques n’hésitent plus à promouvoir le port du voile dans leurs campagnes publicitaires. En normalisant l’image de la femme voilée, Tommy Hilfiger, Mango ou DKNY s’affranchissent de toutes considérations politiques.

D’un point de vue marketing, ces marques se lancent à la conquête d’une clientèle à fort pouvoir d’achat. La population musulmane est la seconde communauté la plus large au monde, forte de plus d’1.8 Milliards de croyants (dont 50% serait des jeunes de moins de 25 ans).

Un tel marché peut difficilement être ignoré.

Dans un article mis en ligne sur le site Racked la journaliste Américaine Fareeha Molvi souligne que l’intérêt financier des marques peut parfois servir certaines évolutions de la société. Elle va plus loin et s’interroge: “Le capitalisme pourrait-il aussi aider à la normalisation de l’islam en Occident?”

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Mariah Idrissi. Découverte par un chasseur de tête sur Instagram, c’est le premier modèle voilée en Occident. Elle apparaît dans la campagne publicitaire de la marque H&M. PHOTO H&M/Facebook

 

Au sein de la communauté musulmane le mouvement divise

Sur Internet, la vidéo Somewhere in New York visionnée plus de 100 000 fois a fait l’objet d’une bombe virale et défraie la chronique. Les Mipsterz font parler d’elles et déchaînent les passions au sein de la communauté musulmane mondiale.

Leaders d’opinion consultés sur la question, les imams peinent à trouver un consensus. Suhaib Webb, imam Américain à la notoriété mondiale, salue la liberté d’expression et la bravoure des Mipsterz.

Mais une majorité d’autres déplore l’attitude provocante de ces « islamo-fashionistas », à l’encontre des valeurs modestes de l’islam.

Sur leur page Facebook, les Mipsterz revendiquent pour leur part, la place cruciale de la foi dans leur philosophie :

« Un Mipster est quelqu’un à l’avant-garde de la musique, de la mode, de l’art, de la pensée critique, de la cuisine, de l’imagination, de la créativité, et de toutes formes de choses obscures. Un Mipster est quelqu’un qui s’inspire des textes sacrés de la tradition islamique, de vastes connaissances, de poètes mystiques, de courageux prophètes, de politiciens inspirants, d’imams ésotériques, et de nos confrères humains en quête d’états de conscience transcendantaux ».

La formule a déjà séduit nombre de musulmanes en quête identitaire, mais pas que.

cvzhvc3xaaaqa5yParmi les fans du mouvement en ligne, on retrouve des jeunes femmes de toutes confessions mais aussi des hommes. C’est le cas d’Ibrahim Rouis, 25 ans, étudiant français d’origine Marocaine. En 2e année de thèse géopolitique sur les « stratégies anti-terroristes de la police de New York », le jeune homme a découvert l’idéologie Mipsterz lors d’un séjour aux États-Unis.

Invité en tant que chercheur à l ‘Université de Columbia, il rencontre au gré de ses recherches un islam différent, une spiritualité qui l’intrigue :

« il ne faut pas croire que tous les Mipsterz sont des femmes. Il y a un équilibre homme/femme dans la communauté que j’ai fréquentée.

J’entends dire beaucoup de chose sur ce mouvement mais il faut savoir qu’il tire son origine d’un groupe de pote New-yorkais. Leur idée était simple et sans prétention au départ: pouvoir sortir, s’amuser et se rencontrer dans des endroits qui leur correspondait, en étant eux-mêmes, sans concessions. On est musulmans alors pourquoi vouloir aller en boîte ?

Quand tu es en paix avec toi même de l’intérieur ça rejaillit forcement à l’extérieur, d’où le style vestimentaire qui en découle. Mais on cultive un côté “éthique” qui clash avec le cynisme affiché par le mouvement, sachant que la règle numéro 1 des Mipsterz c’est de ne jamais s’auto-identifier comme Mipsterz (rires).

Se revendiquer de cette mouvance c’est presque une utopie ! On est jeunes, on est éduqués, on est en quête d’un renouveau politique, économique, écologique même. C’est notre façon de lutter contre l’islamophobie ambiante et contre un capitalisme vorace.

On est à la recherche du bonheur, on est comme tout le monde quoi…

J’ai l’impression qu’en temps que Mipsterz on est l’héritage de deux cultures. On assume notre choix de suivre la religion transmise par nos parents mais on le combine avec l’influence de la mode occidentale des univers dans lesquels on a grandit et qui nous plaisent.

Moi par exemple, je me sens à l’aise avec un keffieh coloré et une super paire de Air Jordan (rires)!

Mon style en tant que musulman hipster il est nourri par la France où je suis né et par les “States”, mon pays de coeur (rires).

C’est plus dur à dire mais on est aussi les enfants du 11 Septembre. On porte les stigmates d’un événement qui a aggravé l’image de l’étranger en Occident, l’image des arabes. J’étais adolescent quand ça s’est passé et j’ai l’impression que depuis, je paye le prix d’un crime que je n’ai pas commis.

La force des Mipsterz finalement c’est de brouiller les pistes, c’est de dire “merde” aux délits de faciès! »

Bons musulmans VS. mauvais musulmans

 Dans le contexte des attaques terroristes et de la montée du nationalisme en France, les principales critiques adressées aux Mipsterz dénoncent leur insécurité.

Ils ne combattraient pas les amalgames mais ne feraient qu’entériner un malaise vécu par de nombreux musulmans en Occident. Se conformer à la religion ou se conformer aux codes de son pays d’adoption ?

Cette manière de s’afficher comme des “musulmans libérés”, des “bons musulmans”, ce serait aussi jouer le jeu de l’islamophobie. S’il y a des bons musulmans, il y aurait alors des “mauvais musulmans”, les traditionalistes, ceux qui ne seraient pas “cool”.

Par ailleurs, bien que swag, la représentation qu’ils proposent ne diffèrent en rien du discours sur la femme-objet, pure produit de consommation.

Et si tout ce buzz n’était en fait qu’une tentative d’adaptation aux standards de beauté Occidentaux ?

Sur les réseaux sociaux on pouvait lire:

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tweet 2

Ou encore:

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Face à ce bashing les Mipsterz répondent avec humour : ” Attendez, ils nous détestent parce que nous sommes musulmanes ? Je croyais qu’ils nous détestaient car on était hipster”.

… Et Léon Zitrone d’ajouter: “Peu importe que l’on parle de vous en bien ou mal, l’important étant que l’on parle de vous”.

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