Cinema

Une humeur et un humour de chien

movie-scene1Le nouvel opus de l’Américain Todd Solondz, Le Teckel (Wiener-Dog), raconte l’histoire d’un « chien saucisse » à l’air particulièrement déprimé qui, au gré des changements de propriétaires et des vicissitudes de la vie, se trouve dans des situations toujours plus bizarres.

Sorti le 19 octobre dernier, Le Teckel est l’occasion de (re)découvrir l’univers d’un des cinéastes les plus drôles mais aussi les plus sombres de nos jours. En prenant un chien comme protagoniste principal, Todd Solondz s’inscrit dans la tradition animalière et offre un récit aussi étrange qu’inattendu. Comme l’âne dans Au hasard Balthazar (1966) de Bresson, le teckel passe d’un maître à l’autre et en subit les conséquences, victime de ce qui se passe autour de lui. Mais le film de Solondz mérite-t-il d’être comparé à ce chef-d’œuvre du cinéma français ?

Le Teckel est composé d’un prologue, de quatre histoires principales – chacune d’une vingtaine de minutes – d’un épilogue, et même, malgré sa courte durée, d’un entracte musical. Bien que les acteurs soient cantonnés à leurs histoires respectives, un point de continuité est quand même créé entre les histoires grâce à la figure du chien. Dans la première partie, un père (le dramaturge et acteur Tracy Letts) achète le chien pour en faire cadeau à son fils récemment rétabli d’un cancer. Son épouse (l’actrice Julie Delpy) n’en est pas contente, c’est le moins que l’on puisse dire. La scène où le chien souffre de diarrhée souligne d’ailleurs une question peu observée au cinéma : posséder un animal domestique est certes souvent amusant mais c’est aussi, littéralement, quelque chose de chiant.

Dans la deuxième partie, on retrouve Dawn Wiener, l’écolière harcelée dans Bienvenue dans l’âge ingrat (1995), le premier film à succès du réalisateur. Elle est devenue entre-temps assistante vétérinaire, incarnée cette fois-ci par Greta Gerwig qui, comme dans Frances Ha (2012) ou Maggie a un plan (2015), réussit à insuffler un charme irrésistible à des personnages aussi lourds que Dawn. Un jour, celle-ci rencontre par hasard dans une supérette un ancien camarade de classe (Kieran Culkan) qui lui propose de l’accompagner dans un road trip impromptu. Dawn accepte l’invitation sur un coup de tête et emmène le chien avec elle.

wiener-dog-danny-de-vito-1200x520Dave Schmerz (Danny DeVito)

Solondz se sert de la troisième partie, organisée autour d’un professeur de scénario raté (Danny DeVito), pour critiquer l’industrie du cinéma. Étudiants et enseignants sont des caricatures d’un groupe que le cinéaste méprise visiblement. C’est aussi au cours de cet épisode que Solondz réalise sa meilleure blague visuelle, lorsque le professeur, exaspéré par son entourage professionnel, décide d’habiller le pauvre chien avec un gilet à explosifs et l’abandonne dans l’université, ce qui nécessite l’intervention d’une équipe de déminage.

Dans la dernière partie, qui est aussi la plus émouvante, une grand-mère (Ellen Burstyn, excellente comme toujours) attend la visite de sa petite-fille (Zosia Mament, de la série Girls). Incarnant la vision cynique du réalisateur, la vieille dame rebaptise le teckel « Cancer » sur un ton pince-sans-rire absolument hilarant. Bien que cette histoire se termine avec une violence soudaine, le court épilogue qui s’ensuit vient néanmoins clore l’ensemble sur une note comique.

wiener-dog-mit-ellen-burstynNana (Ellen Burstyn)

Comme tous les films de Solondz, Le Teckel est empreint d’une certaine cruauté, d’ironie et, bien sûr, d’humour. Comme pour Happiness (1998) dont le « bonheur » annoncé était volontairement trompeur, Solondz s’amuse à brouiller les pistes avec un titre ringard où il préfère le nom très idiomatique « wiener-dog » à son homologue habituel « dachshund ». Il se sert aussi d’une bande-annonce où le petit garçon du premier épisode joue joyeusement avec le chien au ralenti. On s’attend donc à voir un film chaleureux et charmant avant de se souvenir de qui l’a écrit et réalisé.

Effectivement, cela semble évident dès une courte séquence introductive où Solondz annonce le parcours du chien, transféré d’une usine à chiots à une animalerie. Sur le chemin, il y a un plan, filmé du point de vue de l’animal, où l’on voit les nuages dans un ciel bleu clair passer derrière les barreaux de la cage du teckel. Peu après, dans l’animalerie, à la suite d’un travelling sur d’autres vitrines et d’autres races de chien, on découvre finalement le teckel en gros plan, toujours enfermé derrière les barreaux, au moment où « Wiener-Dog » apparaît à l’écran. À l’instar d’une étiquette, le titre est un clin d’œil au spectateur. Solondz nous rappelle qu’il s’agit bien d’un « chien saucisse », une race qu’il a d’ailleurs traitée de particulièrement idiote. Bien sûr, le teckel est soumis aux aléas de la vie comme tout animal domestique et à la volonté cruelle du réalisateur comme tout acteur.

Pour revenir au film de Bresson et à la question posée plus haut, la réponse est double. Bien que l’on retrouve l’humour noir caractéristique de Solondz, Le Teckel n’est pas son meilleur film et encore moins un chef-d’œuvre. Il n’est souvent pas assez jusqu’au-boutiste : les blagues et les méchancetés pourraient et même devraient aller encore plus loin. Certaines histoires et certains personnages (surtout la seconde partie avec Greta Gerwig et Kieran Culkin) ne sont pas assez développés, mais cela tient peut-être à la structure générale du film et au fait que le personnage de Dawn était déjà connu du spectateur. Comme souvent chez Solondz, les acteurs ont tendance à surjouer, et c’est particulièrement le cas des rôles secondaires.

Il n’en reste pas moins que Le Teckel est difficile par moments, cruel à d’autres, mais souvent très drôle. L’accueil mitigé au festival Sundance a rappelé que, comme les autres films de Todd Solondz, Le Teckel n’est pas pour tout le monde. Mais il vaut le détour.


Le Teckel (USA, 2016)

Titre original : Wiener-Dog

Nationalité : Américain

Distribution : Ellen Burstyn (Nana), Kieran Culkin (Brandon), Julie Delpy (Dina), Danny DeVito (Dave Schmerz), Greta Gerwig (Dawn Wiener), Tracy Letts (Danny), Zosia Mamet (Zoe)

Réalisation : Todd Solondz

Production : David Distenfeld, Megan Ellison, Jillian Longnecker, Derrick Tseng, Christine Vachon

Scénario : Todd Solondz

Durée : 88 minutes

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