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Ex Anima, Bartabas lâche les chevaux

Vendredi soir, 19:30, rendez vous au Fort d’Aubervilliers, fief du théâtre équestre Zingaro depuis 1989. Les portes s’ouvrent sur la dernière – peut-être ultime – création de l’artiste français.

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L’affiche du spectacle

Comme un rituel, le public se retrouve, se découvre sous le chapiteau du restaurant. Année après année, le décor s’enrichit, se construit sur les souvenirs des précédentes représentations. Dehors les restes de neige, à l’intérieur on se réchauffe tout en feuilletant le programme mystérieux de la nouvelle prestation qui nous attend. On apprécie, peut-être pour la dernière fois, l’ambiance chaleureuse de cette basilique de bois.

Il est temps. Appelée section par section, la foule se dirige sagement vers la piste à la lueur des flambeaux. Venir au théâtre équestre de Zingaro, c’est assister à un spectacle des sens. On monte les escaliers de pin qui craquent sous les pieds, on admire d’en haut les chevaux, futurs acteurs, pour l’heure au repos dans leurs boxes. On sent l’odeur du bois, de l’animal, avant d’être saisis par le parfum d’encens et de terre sèche qui nous guide dans la pénombre, le silence du théâtre circulaire. Les bougies s’éteignent peu à peu, le silence se fait plus profond.

Pendant une heure et demi, pas d’appel, pas de texto, pas de réseaux sociaux. Aucune voix humaine. Notre langage s’efface, celui des chevaux prend le pouvoir. Trente trois ans après son premier spectacle “Cabaret équestre” en 1984, “Ex Anima” est l’ultime consécration pour Bartabas. A 60 ans, l’artiste a réalisé son rêve. Les chevaux sont seuls sur scène, le vrai “théâtre équestre”. Au milieu du manège de sable noir, les acteurs équins jouent et conversent avec professionnalisme. Il n’y a pas de selles, pas de rênes, aucune contraintes ni de cavalier.

“Pour cette ultime création, je souhaiterais célébrer les chevaux comme les acteurs véritables de ce ‘‘théâtre équestre’’ si original… Montrer un rituel sans mémoire, une cérémonie où le spectateur se surprendra à voir l’animal comme le miroir de l’humanité” explique Bartabas.

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Les acteurs dans leur liberté savamment orchestrée

Musique, odeur, sensation, contraste. Les chevaux dans la lumière, les hommes dans l’obscurité, anonymes dans leurs longues robes noires. Impossible de déterminer ce qui est planifié et ce qui ne l’est pas, ce qui est répété et ce qui est improvisé. Les chevaux décident comme des acteurs maîtres de leur scène. Pour une fois ce sont les hommes qui obéissent aux coups de sang de leurs acteurs quadrupèdes. La scénographie se construit alors autour de cette liberté retrouvée, désordre parfaitement millimétré. Et on rit avec eux à leurs facéties, on est ému par leur mélancolie, on s’accroche à leurs soupirs, on craint avec eux. Une heure et demi de contemplation, de recueillement presque rituel. Les chevaux rejouent l’histoire de l’homme avec une sauvagerie et une primalité que nous avons perdu et qu’ils ont su ré-apprendre à la troupe du théâtre Zingaro. C’est ce que veut nous transmettre à son tour Bartabas en nous offrant cet hommage vibrant et délicat à ses compagnons de route.

Et pourtant, une image choque. Angelo et ses longues pattes blanches se retrouve sanglé. Pour le sacré, c’est raté. Comme dans un rituel étrange et grotesque, il s’envole au son lent et ininterrompu de ses longues flatulences. On pourrait mettre ça sur le compte de l’intellectualisation du propos, mais la scène semble tirée par les cheveux. Après une succession de tableaux ensorcelants, la magie s’évapore. Dernier tableau. Après une procession étrange, les acteurs sortis de l’ombre déposent au centre de la piste une structure de bois trouée. Lucifer, magnifique (et vigoureux) étalon entre en scène. Les palefreniers le guident. Sa performance? Une saillie forcée. Et c’est la fin. Chacun se demande pourquoi et les applaudissements se font timides. Dans cette conclusion, l’animalité va trop loin. Ce n’est plus du respect, de l’admiration qui sont donnés à voir. La scène est dégradante.

Autour du traditionnel feu de joie qui attend les spectateurs au sortir de la performance, les visages sont circonspects. Ce n’est pas l’image que nous aurions aimé garder du magicien, de l’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux, de Bartabas.

Barbara Fasseur

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